Herbier pour l’amour, la chance et la victoire – 2/2

A lire René Chambe, un croirait qu’il portait dans la poche intérieure de sa veste un véritable bouquet ! Cet homme qui disait « la guerre, j’étais fait pour ça ! » faisait preuve d’une grande sensibilité. Ce ne fut plus un secret pour le grand public dès lors qu’il publia Souvenirs de chasse pour Christian (Flammarion, 1963). Voici donc un herbier peu commun que celui que je vous soumets. (2e partie)

Elles sentent bon la victoire !

Fleur Août 1918Dans les archives personnelles de René Chambe, j’ai retrouvé deux fleurs pour l’Histoire. L’une, soigneusement placée dans un papier plié, a été cueillie un 11 août 1918  (peut-être en Artois ou en Alsace). L’autre est attachée à un papier sur lequel on peut lire : « Fleurs jetées par la foule à notre entrée à Rome le 5 juin 1944 ». Mais plongeons dans les récits de René Chambe, alors qu’il fait partie de l’équipe de l’état-major de Juin (Le Maréchal Juin, duc du Garigliano, Presses de la Cité, 1968 ; Plon, 1983 pour cette citation, p 280). Juin charge Chambe d’écrire l’histoire ce cette « épopée d’Italie », tant du point de vue des officiers que des soldats. Chambe est autorisé à se rendre partout, tel un voltigeur, voilà pourquoi son célèbre Bataillon du Belvédère (Flammarion, 1953) remporta un si grand succès, beaucoup de lecteurs s’y sont reconnus :

«     C’est aux Américains qu’a été réservé l’honneur d’entrer les premiers dans Rome, honneur qui leur était bien dû, eu égard à l’effort énorme et à l’esprit de générosité déployés par les Etats-Unis sur tous les théâtres de la guerre. Le général Mark Clark, commandant la Ve armée U.S., a donc cueilli le soir du 5 juin la récompense si hautement gagnée. Il est entré en vainqueur dans la capitale italienne, associant à ce triomphe ses trois généraux commandants de corps d’armée : Juin, Keyes et Truscott.
    Pour Juin, il a tenu à lui réserver une faveur toute spéciale. Il l’a pris avec lui dans sa jeep, où tous deux, debout, se sont donné le bras. Il a voulu ainsi rendre publiquement hommage au général commandant en chef français sur le front d’Italie et à ses troupes.
    Tandis que roule leur voiture dans Rome, au milieu d’une ovation délirante (car la foule romaine se dit non conquise et occupée par les Alliés mais libérée par eux ; c’étaient les Allemands qui Fleur Rome 6 juin 44l’occupaient…) Clark, sous la pluie de fleurs, penche vers lui sa virile et mince figure souriante et dit à voix très haute pour que son propos soit recueilli par des témoins :
    – Sans vous, nous ne serions pas là !
    Juin, sachant qu’il parle au nom de tous les Français – et la France devra s’en souvenir – répond aussitôt :
    – Sans l’Amérique, l’armée française n’aurait pu être là !
    Ce qui est une vérité première. »

 

On peut compléter par ces lignes qui le concernent (La bataille du Garigliano, du Cassino à Rome, J’ai lu, 1965, p 435, réédition de L’épopée française d’Italie, Flammarion, 1952) :

«    Derrière le général commandant la Ve armée, un flot d’officiers américains a suivi et aussi quelques proches collaborateurs de l’état-major du général Juin [dont le général Chambe… ndlr], tous montés sur des jeeps, qui sont bientôt submergées sous les fleurs.
    L’enthousiasme de la population romaine ne connaît pas la réserve. Les rues sont noires de monde. »

Lire aussi « Herbier pour l’amour, la chance et la victoire – 1/2« .

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La vie, l’œuvre et les archives du général d’aviation et écrivain René Chambe (1889 – 1983).

https://generalrenechambe.com

 

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