Pour que des cloches françaises chantent dans un clocher d’Alsace (1922)

Tout premier texte publié par René Chambe qu’il signa pudiquement « R.C., Capitaine-Aviateur« , il est un cri du cœur, une promesse, une preuve d’amour patriotique pour l’Alsace retrouvée. Lorsqu’il entra, avec deux autres officiers, pour la première fois dans le village de Niedernai (Bas-Rhin) dont il fut le « libérateur », ce 18 novembre 1918, puis une seconde fois pour une fête solennelle donnée en l’honneur des officiers français le 2 décembre, les habitants, le curé, le maire ne purent cacher leur tristesse à ne pas pouvoir les célébrer aux sons des cloches lancées à toute volée. Non, les cloches avaient été démontées et confisquées par les Allemands dans le but de les fondre. René Chambe leur promit de leur rendre des cloches comme un cadeau de bon retour de la part de leurs frères et sœurs français.


René Chambe - Cloches françaises clocher Alsace détail - Niedernai 1922

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Le commandant de Rose. Créateur de l’aviation de chasse (1967)

Sans doute René Chambe n’a-t-il jamais considéré cet ouvrage comme un livre puisqu’il n’a jamais figuré dans les bibliographies qui sont mentionnées dans ses livres chez Plon ou aux Presses de la Cité. En effet, il publia en 1966 pour la Revue des Deux Mondes un article éponyme mais un peu plus court. Le récit ne débutait qu’en mars 1915, au moment précis où fut créée la M.S. 12, première escadrille de chasse. Son texte, ici plus long d’une dizaine de pages, commence le 20 mars 1906 alors que de Rose est lieutenant de cavalerie au 9e Dragons et qu’il vient de se mettre en état de refus d’obéissance… La loi de séparation des Eglises et de l’Etat est mise en application et implique des inventaires contestés. Au-delà du texte, c’est l’objet en lui-même qui attire l’attention. Ce petit livre est l’œuvre de Pierre Aelberts, un éditeur liégeois. Lire la suite

Histoire de l’aviation (1949)

Grand œuvre de René Chambe, cet important ouvrage eut un très grand succès au point de tenir longtemps la place de référence. Histoire de l’aviation reste l’un des livres les plus cités et les plus connus de l’écrivain-aviateur. Ne se bornant pas à une approche « froidement » encyclopédique, l’auteur, fidèle à lui-même, fit de ce travail une fresque vivante des aviateurs et des avancées technologiques.

Flammarion, après avoir confié deux grands ouvrages à deux académiciens, Claude Farrère pour l’Histoire de la Marine française et le général Weygand pour l’Histoire de l’Armée française, avait compris qu’il trouverait en René Chambe un attrayant équilibre entre la recherche de la rigueur historique et le talent du conteur. Lire la suite

Route sans horizon. Les eaux sanglantes du beau Danube bleu. (1981)

Arrivé à l’extrémité de sa vie, René Chambe nous livre un avant-dernier livre touchant et émouvant. Avec Adieu cavalerie ! La Marne, bataille gagnée victoire perdue (Plon, 1979), ce livre est un deuxième volet de ce qu’il considère comme son « testament militaire ». Il devait être suivi d’un troisième ouvrage sur de Gaulle – un réquisitoire cinglant – refusé par Plon et par Flammarion. Mais ici, il se souvient de sa mission en Roumanie en 1916 et 1917. C’est un étonnant livre où l’on trouve plus d’humanité que de faits d’armes et où la mélancolie côtoie la vivacité d’esprit qui le caractérise. C’est un voyage en Roumanie, et au même titre que ses livres de souvenirs, c’est un voyage en intimité et en humanité. Avec son lointain roman Sous le casque de cuir (1928), ils forment un diptyque inédit de la vie romancée et de la vie romanesque. Ces deux livres sont les faces d’une même pièce.


René Chambe - Route sans horizon Ed Plon 1981

Edition Plon, 1981.
Avec photographies de l’auteur.


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Saint-Exupéry et René Chambe : 5/5 Lettre de René Chambe à Rumbold et Stewart

Pour la première fois, René Chambe s’exprime « publiquement » sur la fameuse « lettre au général X » dont on a pressenti qu’il en était le destinataire. A l’interrogation des auteurs Richard Rumbold et Margaret Stewart qui préparent alors leur essai Saint-Exupéry tel quel (Del Duca, 1960), Chambe répond par une lettre dont un extrait est reproduit en annexe du livre. La voici.

[…] La Lettre au général « X » m’était très certainement destinée. En voici les raisons : Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 4/5 « Lettre au général X »

La « lettre au général X » est l’un des textes les plus répandus de Saint-Exupéry tant ses lignes sont criantes d’actualité. Elle forme un tel écho, plus de soixante-dix ans après, au malaise de notre époque. Très probablement écrite en juin 1943 alors qu’il effectuait ses premiers vols sur le fameux Lightning P-38 en Tunisie, la lettre ne fut jamais envoyée, demeurant dans ses affaires personnelles. Elle ne fut découverte qu’après la disparition de l’auteur. Portée à la connaissance du public grâce à une première publication dans Le Figaro littéraire (10 avril 1948), certains ont cru comprendre que son destinataire était peut-être René Chambe, ce que ce-dernier semblait confirmer. Les propos de Saint-Exupéry rejoignent la cohorte de lettres envoyées à ses amis à la même époque où il exprime une profonde mélancolie et une « infinie tristesse ». Il voit arriver un monde et une société dans lesquels il se sent étranger. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 3/5 A propos de la « Lettre au général X »

Ecrite très probablement en juin 1943 alors que Saint-Exupéry effectue ses vols de formation sur le Lockheed P-38 « Lightning », cette fameuse lettre non envoyée fut retrouvée dans ses affaires personnelles après sa disparition (31 juillet 1944). En juillet 1944, son unité, le groupe de reconnaissance II/33 commandé par René Gavoille, était basée à Borgo en Corse. Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là sur internet, cette lettre n’est pas le dernier texte écrit par Saint-Exupéry et par conséquent, elle n’est pas datée du 31 juillet 1944. D’aucuns veulent la présenter de cette façon fantasmée comme le « testament » de Saint-Ex, lettre mystérieuse au destinataire inconnu, demeurée posée là, sur sa table de travail. Plus simplement, elle n’est pas datée du tout. En revanche, une phrase nous parvient plus aigüe dans cette lettre du 30 juillet 1944, la veille de son vol sans fin, adressée à son ami Pierre Dalloz : « Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. » (Œuvres complètes. Pléïade T 2, p 1050).

Le lieu et la date

C’est la phrase « Je viens de faire quelques vols sur « P-38 ». C’est une belle machine » qui permet de dater la « Lettre au général X » au temps de ses premiers contacts, en juin 1943, avec le fameux avion américain. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 2/5 Lettre de Saint-Exupéry au général Chambe

Le capitaine de Saint-Exupéry adressa cette lettre à René Chambe probablement en mai 1943, depuis Alger où il est logé chez son ami le Docteur Pélissier. Il est arrivé des Etats-Unis début mai et s’est très vite manifesté auprès de son ami Chambe (et d’autres) pour être réintégré à son groupe de reconnaissance aérienne d’origine, le 2/33 (ou II/33) et par conséquent de pouvoir piloter l’avion américain Lockheed P-38. Ici, il est question de grade et de promotion. Il sollicite en effet son ami pour faire valoir son droit, au moins moral, au grade de commandant. Il s’explique avec beaucoup de pudeur et de franchise. Le 25 juin 1943, Saint-Exupéry est promu commandant. Nous ne détenons pour l’instant aucune archive permettant de savoir si – comme la permission de voler sur le P-38 – sa promotion est le fait de Chambe. Cette lettre inédite (déjà présentée sur le premier site dédié au général Chambe) n’a jamais été publiée.

Cher Général,

Lorsque je me suis ce soir retrouvé chez moi j’ai éprouvé une grande mélancolie. Pardonnez-moi de revenir sur ce sujet. C’est sans doute la première et la dernière fois que je m’anime pour un point de vue égoïste mais il me tient à cœur pour d’autres raisons que des raisons intéressées. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 1/5 Souvenirs sur Saint-Exupéry par René Chambe

René Chambe n’a jamais étalé sa relation avec Saint-Exupéry et les archives familiales ne contiennent rien qui nous éclaire vraiment sur leurs rapports durant les années trente, jusqu’à la guerre. Mais il leva enfin le voile dans les années soixante-dix pour la revue Icare qui comptait consacrer plusieurs numéros à l’écrivain aviateur. Le texte de René Chambe fut finalement publié en deux parties, en 1976 et 1981. Il est reproduit dans ce premier article d’une série de cinq regroupant commentaires, textes et lettres. C’est la publication de la « lettre au général X » en 1948 qui poussa René Chambe à raconter le Saint-Ex qu’il avait connu. Lire la suite

Les cerises de Monsieur Chaboud (1983)

Ultime œuvre de René Chambe, Les cerises de Monsieur Chaboud conclut en quelque sorte le cycle des souvenirs d’enfance et de chasse (Souvenirs de chasse pour Christain, Le cor de Monsieur de Boismorand, Propos d’un vieux chasseur de coqs). Publié juste avant la mort de son auteur, ce petit livre est une nouvelle preuve qu’au-delà du soldat et même de l’écrivain qu’il fut, René Chambe dans ses derniers instants s’est dépouillé encore jusqu’à revenir à ce qu’il chérissait le plus dans son existence : son enfance et tout ce qu’elle lui a apporté. Avec la douceur d’un album souvenirs, comme un recueils de contes ou de chroniques du bonheur ordinaire, voici le dernier enchantement de René Chambe, aussi léger qu’il est profond.


René Chambe - Les cerises de Monsieur Chaboud Ed Plon 1983

Plon, 1983


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