Saint-Exupéry et René Chambe : 5/5 Lettre de René Chambe à Rumbold et Stewart

Pour la première fois, René Chambe s’exprime « publiquement » sur la fameuse « lettre au général X » dont on a pressenti qu’il en était le destinataire. A l’interrogation des auteurs Richard Rumbold et Margaret Stewart qui préparent alors leur essai Saint-Exupéry tel quel (Del Duca, 1960), Chambe répond par une lettre dont un extrait est reproduit en annexe du livre. La voici.

[…] La Lettre au général « X » m’était très certainement destinée. En voici les raisons : Lire la suite

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Saint-Exupéry et René Chambe : 4/5 « Lettre au général X »

La « lettre au général X » est l’un des textes les plus répandus de Saint-Exupéry tant ses lignes sont criantes d’actualité. Elle forme un tel écho, plus de soixante-dix ans après, au malaise de notre époque. Très probablement écrite en juin 1943 alors qu’il effectuait ses premiers vols sur le fameux Lightning P-38 en Tunisie, la lettre ne fut jamais envoyée, demeurant dans ses affaires personnelles. Elle ne fut découverte qu’après la disparition de l’auteur. Portée à la connaissance du public grâce à une première publication dans Le Figaro littéraire (10 avril 1948), certains ont cru comprendre que son destinataire était peut-être René Chambe, ce que ce-dernier semblait confirmer. Les propos de Saint-Exupéry rejoignent la cohorte de lettres envoyées à ses amis à la même époque où il exprime une profonde mélancolie et une « infinie tristesse ». Il voit arriver un monde et une société dans lesquels il se sent étranger. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 3/5 A propos de la « Lettre au général X »

Ecrite très probablement en juin 1943 alors que Saint-Exupéry effectue ses vols de formation sur le Lockheed P-38 « Lightning », cette fameuse lettre non envoyée fut retrouvée dans ses affaires personnelles après sa disparition (31 juillet 1944). En juillet 1944, son unité, le groupe de reconnaissance II/33 commandé par René Gavoille, était basée à Borgo en Corse. Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là sur internet, cette lettre n’est pas le dernier texte écrit par Saint-Exupéry et par conséquent, elle n’est pas datée du 31 juillet 1944. D’aucuns veulent la présenter de cette façon fantasmée comme le « testament » de Saint-Ex, lettre mystérieuse au destinataire inconnu, demeurée posée là, sur sa table de travail. Plus simplement, elle n’est pas datée du tout. En revanche, une phrase nous parvient plus aigüe dans cette lettre du 30 juillet 1944, la veille de son vol sans fin, adressée à son ami Pierre Dalloz : « Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leur vertu de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. » (Œuvres complètes. Pléïade T 2, p 1050).

Le lieu et la date

C’est la phrase « Je viens de faire quelques vols sur « P-38 ». C’est une belle machine » qui permet de dater la « Lettre au général X » au temps de ses premiers contacts, en juin 1943, avec le fameux avion américain. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 2/5 Lettre de Saint-Exupéry au général Chambe

Le capitaine de Saint-Exupéry adressa cette lettre à René Chambe probablement en mai 1943, depuis Alger où il est logé chez son ami le Docteur Pélissier. Il est arrivé des Etats-Unis début mai et s’est très vite manifesté auprès de son ami Chambe (et d’autres) pour être réintégré à son groupe de reconnaissance aérienne d’origine, le 2/33 (ou II/33) et par conséquent de pouvoir piloter l’avion américain Lockheed P-38. Ici, il est question de grade et de promotion. Il sollicite en effet son ami pour faire valoir son droit, au moins moral, au grade de commandant. Il s’explique avec beaucoup de pudeur et de franchise. Le 25 juin 1943, Saint-Exupéry est promu commandant. Nous ne détenons pour l’instant aucune archive permettant de savoir si – comme la permission de voler sur le P-38 – sa promotion est le fait de Chambe. Cette lettre inédite (déjà présentée sur le premier site dédié au général Chambe) n’a jamais été publiée.

Cher Général,

Lorsque je me suis ce soir retrouvé chez moi j’ai éprouvé une grande mélancolie. Pardonnez-moi de revenir sur ce sujet. C’est sans doute la première et la dernière fois que je m’anime pour un point de vue égoïste mais il me tient à cœur pour d’autres raisons que des raisons intéressées. Lire la suite

Saint-Exupéry et René Chambe : 1/5 Souvenirs sur Saint-Exupéry par René Chambe

René Chambe n’a jamais étalé sa relation avec Saint-Exupéry et les archives familiales ne contiennent rien qui nous éclaire vraiment sur leurs rapports durant les années trente, jusqu’à la guerre. Mais il leva enfin le voile dans les années soixante-dix pour la revue Icare qui comptait consacrer plusieurs numéros à l’écrivain aviateur. Le texte de René Chambe fut finalement publié en deux parties, en 1976 et 1981. Il est reproduit dans ce premier article d’une série de cinq regroupant commentaires, textes et lettres. C’est la publication de la « lettre au général X » en 1948 qui poussa René Chambe à raconter le Saint-Ex qu’il avait connu. Lire la suite

Les cerises de Monsieur Chaboud (1983)

Ultime œuvre de René Chambe, Les cerises de Monsieur Chaboud conclut en quelque sorte le cycle des souvenirs d’enfance et de chasse (Souvenirs de chasse pour Christain, Le cor de Monsieur de Boismorand, Propos d’un vieux chasseur de coqs). Publié juste avant la mort de son auteur, ce petit livre est une nouvelle preuve qu’au-delà du soldat et même de l’écrivain qu’il fut, René Chambe dans ses derniers instants s’est dépouillé encore jusqu’à revenir à ce qu’il chérissait le plus dans son existence : son enfance et tout ce qu’elle lui a apporté. Avec la douceur d’un album souvenirs, comme un recueils de contes ou de chroniques du bonheur ordinaire, voici le dernier enchantement de René Chambe, aussi léger qu’il est profond.


René Chambe - Les cerises de Monsieur Chaboud Ed Plon 1983

Plon, 1983


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Le cor de Monsieur de Boismorand (1971)

Annoncée déjà dans les dernières lignes des Souvenirs de chasse pour Christian, ce nouveau recueil de récits et de souvenirs en est la suite, tant réclamée par les lectrices et les lecteurs. Il est une invitation à renouveler l’expérience heureuse de la lecture de son « aîné ». Petit délice littéraire, on peut y goûter même sans aimer la chasse car, comme le disait André Billy, lui-même plutôt réfractaire à cette activité, au sujet des Souvenirs de chasse : « J’aime les histoires de chasse en littérature et sur les gravures anglaises. L’auteur […] y montre une gentillesse et une bonne grâce dignes des contes d’Alphonse Daudet et de Pagnol. » René Chambe aurait aimé titrer – si joliment – son ouvrage Contes du Pavillon des Quatre-Vents mais…


René Chambe - Le cor de M de Boismorand Ed P de la Cité 1971  René Chambe - Le cor de Monsieur de Boismorand Ed Montbel 2013

Presses de la Cité, 1971
Montbel, 2013


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Souvenirs de chasse pour Christian (1963)

René Chambe entre véritablement avec cet ouvrage dans une littérature plus universelle. Il n’est plus question de récit historique et militaire, de témoignage ou de mémoire de guerre mais de souvenirs d’enfance. Plus encore que des souvenirs, René Chambe publie un recueil de contes où l’enchantement se mêle à la méditation, à l’humour et la philosophie simple d’un amoureux de la vie et de la nature. C’était avant « le coup de hache » pour reprendre ses mots, ce coup sanglant que fut la guerre de 1914-1918.


René Chambe - Souvenirs de chasse pour Christian Ed Flammarion 1963  René Chambe - Souvenirs de chasse pour Christian Ed Montbel 2012

1963, Flammarion
2012, Montbel
Prix « Fidélité au passé », 1970


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Enlevez les cales ! (1934)

Après Dans l’enfer du ciel et ses récits d’aviation militaire durant la guerre de 14-18, René Chambe s’intéresse à l’aviation civile. Mais ne s’agit-il pas tant de vanter les mérites, les progrès et la face cachée de l’aviation civile (et militaire) que de partir à la conquête du public civil et surtout de ses lecteurs ? Enlevez les cales ! est avant tout un livre d’aventures aéronautiques écrit pour conquérir la jeune génération et montrer la voie des airs avec quelques arrières pensées…


René Chambe - Enlevez les cales Ed Baudinière 1934

René Chambe - Enlevez les cales Ed Baudinière 1947-1  René Chambe - Enlevez les cales Ed Baudinière 1947-2

Trois éditions chez Baudinière en 1934 et 1947.


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Dans l’enfer du ciel (1933)

Marquant un virage littéraire de l’auteur, ce livre délaisse le genre romanesque et prend les traits d’un livre d’histoire autant que d’aventure(s) aérienne(s). René Chambe a retenu cinq histoires à l’honneur des aviateurs français de la Première Guerre. Avec le livre Enlevez les cales ! qui le suivra (1934), ils forment un diptyque vivant et percutant sur l’aéronautique militaire et civil, au moment même de la création de l’Armée de l’Air. En 1933, René Chambe est affecté auprès du Chef d’Etat-Major général de l’Air, Victor Denain, qui devient ministre de l’Air en 1934. Sous son impulsion, alors qu’il le suit au cabinet ministériel, Chambe crée en 1934 le Service historique de l’Armée de l’Air. Rôle qui lui sied à merveille…


René Chambe - Dans l'enfer du ciel 1933

1933, Baudinière
Lauréat du « Prix d’Académie » 1935 de l’Académie française.


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