Engagement et Première Guerre Mondiale

Du 10e Hussards de Tarbes au 20e Dragons de Limoges

Ses professeurs auraient aimé lui voir embrasser une carrière littéraire, d’autres décelant en lui un réel talent de dessinateur et d’illustrateur, mais il choisira de servir dans l’armée parce qu’il a de l’enthousiasme et regarde obstinément la ligne bleue des Vosges.  Passionné de cheval, seule la cavalerie présente un réel attrait pour lui.  Il veut aller à l’école de Saumur et comme celle de Saint-Cyr n’y conduit pas inéluctablement, il s’engage en 1908 à 19 ans. Il est incorporé au 10e régiment de Hussards à Tarbes pour trois années de service qu’il prolonge d’une année pour préparer Saumur où il est admis en 1912-1913.

Il est promu sous-lieutenant le 1er octobre 1913 à sa sortie de l’École de Saumur.  Affecté au 20e Dragons (Limoges), il fait avec ce régiment la première partie de la guerre de 1914-1918 : entrée en Alsace-Lorraine en août 1914, bataille de la Marne, course à la Mer, opération de l’Yser en Belgique.

Le cavalier devient aviateur dans l’escadrille M.S. 12

Au mois de décembre 1914, le sous-lieutenant Chambe quitte la cavalerie sur sa demande pour entrer dans l’aviation et obtient son brevet d’observateur.

En janvier 1915, il est affecté à une escadrille de reconnaissance d’armée (5e armée, Gal Franchet d’Espérey).  Mais le 1er mars 1915, on crée les premières escadrilles de chasse.  Le sous-lieutenant Chambe est volontaire ; il est affecté à l’escadrille M.S. 12 qui va devenir bientôt célèbre.  Sous les ordres du commandant de Rose et du capitaine de Bernis, cette escadrille ne comprend que de jeunes officiers, la plupart issus de la cavalerie. Certains visages de la M.S. 12 deviendront légendaires : de Rose, Navarre, Pelletier-Doisy, pour ne citer que les plus illustres.

Le 2 avril 1915, le sous-lieutenant Chambe abat son premier avion allemand, comme passager de Pelletier-Doisy qui pilote un Morane-Saulnier « Parasol ».  A cette époque, les appareils de chasse sont encore biplaces. Le pilote conduit l’avion, le passager tire.  Il tire avec une carabine de cavalerie, coup par coup, avec un chargeur de trois cartouches.

Le combat a eu lieu à bout portant.  L’avion ennemi est tombé dans les lignes françaises. Pelletier-Doisy et le sous-lieutenant Chambe sont indemnes.  Ce duel aérien a un grand retentissement, car de telles rencontres sont encore exceptionnelles.  C’est en effet la cinquième victoire aérienne depuis le début de la guerre.  Les sous-lieutenants Chambe et Pelletier-Doisy sont faits chevaliers de la Légion d’honneur, par le général Franchet d’Espérey et Chambe est nommé lieutenant. Il fait l’objet d’une deuxième citation.

L’escadrille M.S. 12 se couvre bientôt de gloire et va détenir longtemps le record des avions ennemis abattus.

Le lieutenant Chambe prend part ainsi à de nombreux combats. Il apprend à piloter dès 1915 avec l’adjudant Mesguich de l’escadrille 12, obtenant son brevet civil à l’automne 1915 et son brevet militaire en février 1916, qui lui permettra à la fois d’exercer le commandement d’une escadrille et de rester dans l’aviation de chasse (les avions de chasse étant devenus monoplaces n’ont plus de passager). La 12 devenue « N 12 » est équipée de « Bébé » Nieuport.

Mission en Roumanie – Chef de l’escadrille N1 de la Mission Française en Roumanie du général Berthelot

Mais la Roumanie va entrer dans la guerre aux côtés des alliés.  Le lieutenant Chambe est désigné pour partir pour la Roumanie afin d’y mettre au point l’aviation de chasse roumaine encore inexistante. Voyage long pour parvenir en Roumanie, en passant par l’Angleterre, la Norvège, la Suède, la Finlande, la Russie, la Roumanie jusqu’à Bucarest.

Il prépare ainsi l’arrivée de la Mission militaire française du général Berthelot. Il prend à l’automne le commandement de la première escadrille de chasse franco-roumaine constituée avec des avions français, l’escadrille N1 (Nieuport). Le lieutenant Chambe prend part à toutes les opérations de guerre de la Roumanie, sur le front, avec son escadrille qu’il est parvenu à constituer (3 pilotes français, 3 pilotes roumains, 1 pilote anglais, 2 pilotes russes).  Il connaît ainsi les premiers succès en Bulgarie, en Transylvanie, puis les revers d’Olténie, la terrible retraite dans les boues de Valachie, l’arrivée de la neige, l’épouvantable hiver de 1916-1917, les froids de –30° dans les Carpates, la famine, le typhus exanthématique. Il est nommé capitaine à « titre temporaire » le 25 décembre 1916, ceci afin de lui donner plus de poids vis à vis des officiers et soldats roumains.

Mais l’escadrille N1 n’a pas cessé de combattre et de croiser dans le ciel à la rencontre des avions allemands ou autrichiens.  L’été revenu, la Roumanie tente de reprendre l’offensive.

Le 24 juillet 1917 (du calendrier julien, soit le 6 août du calendrier grégorien), le capitaine Chambe est blessé en combat aérien dans le ciel de Marasesti, « le Verdun roumain », alors qu’il attaque seul deux avions allemands au-dessus des Alpes de Transylvanie.  Il peut néanmoins revenir atterrir dans les lignes russes, où il est secouru et soigné.

Ne pouvant être traité efficacement pour retrouver l’usage de sa jambe gravement atteinte, le capitaine Chambe est évacué en septembre 1917 vers la France.  Il repart ainsi, seul avec deux cannes, à travers la Russie, en proie déjà à la révolution. Pénible et périlleux voyage, coupé d’incidents.  Retour par le même itinéraire parcouru en sens inverse quatorze mois auparavant : Russie, Finlande, Suède, Norvège, Angleterre, France.

1918 avec le 10e Corps d’armée

Soigné en France, le capitaine Chambe peut reparaître sur le front français en mars 1918.  Il est adjoint au commandant de l’aéronautique du 10e corps d’armée.  Il prend part ainsi aux opérations décisives qui se déroulent au printemps devant Verdun et en Champagne, puis en Artois, où la fortune des armes demeure longtemps en suspens.

L’été venu, l’ennemi plie enfin.  Son front cède.  L’aéronautique du 10e corps est alors face aux Vosges.  C’est octobre 1918.

Le capitaine Chambe a pris depuis deux mois le commandement de cette unité aérienne qui compte quatre escadrilles dont trois divisionnaires.  C’est un commandement important pour son grade et son âge. Après la signature de l’armistice, il a la chance d’être parmi les tout premiers soldats français à entrer en Alsace dans le village de Niedernai (Bas-Rhin) le 17 novembre puis à Strasbourg avec ses équipages le 22 novembre pour le défilé solennel de la IVe armée du général Gouraud, à laquelle appartient son unité.

Puis c’est le temps de paix.

> Lire ici une version plus développée de « sa guerre » de 14-18.

____

La vie, l’œuvre et les archives du général d’aviation et écrivain René Chambe (1889 – 1983).

https://generalrenechambe.com

Publicités