Deuxième Guerre Mondiale

Affecté à la VIIe armée du général Giraud et du général Frère pour la Bataille de France

Le colonel Chambe reçoit l’ordre secret en février 1939 l’affectant, en cas de guerre, au commandement des Forces Aériennes (aviation et artillerie de D.C.A.) de la 7e armée.  C’est un commandement d’officier général.

Cette armée sera aux ordres du général Giraud. Et c’est la seconde guerre mondiale.

Le 3 septembre 1939, le colonel Chambe réunit son état-major aux environs de Reims, où se concentre la 7e armée, en position centrale.

En novembre, cette armée est portée face à la Belgique.  Elle se déploie le long de la frontière belge, en situation d’attente, en prévision de l’invasion (certaine) des Pays-Bas par les armées allemandes.

Les forces d’aviation de la France apparaissent singulièrement faibles et peu nombreuses au regard des forces aériennes allemandes. Le général Giraud a pris en estime et en affection le colonel Chambe, à qui il accorde toute sa confiance.  Poussé par ce dernier, il ne cesse de réclamer l’accroissement des forces d’aviation de son armée, car l’effort (tous le pressentent) de l’ennemi se portera bien plus vers la gauche française (très en l’air) que vers la droite (appuyée sur Belfort). Mais l’État-Major général n’a rien à offrir au général Giraud.

Le 28 février 1940, sur l’ordre du général Giraud, le colonel Chambe organise à son P.C. (Saint-Omer – secteur Béthune, Dunkerque, Calais – ) un important Kriegspiel, où est étudiée l’action probable de l’aviation allemande le jour où l’ennemi se décidera à passer à l’offensive. Tous les généraux de la 7e armée et un certain nombre d’officiers généraux ou supérieurs des armées voisines (parmi lesquels le colonel de Gaulle) assistent à ce Kriegspiel. Ils en sortent émus et se demandent si le colonel Chambe n’a pas surestimé les forces aériennes de l’ennemi, en particulier le nombre de ses groupes de bombardement et ses possibilités d’action.

Hélas, le 10 mai 1940 prouvera surabondamment que ces estimations étaient encore au-dessous de la vérité. Le bombardement simultané de tous les P.C. d’armée, de corps d’armée, voire de divisions, des terrains d’aviation et des nœuds de communications français fera tomber les écailles des yeux du commandement. Mais trop tard.

Au cours de la période 10 mai – 24 juin, les forces aériennes de la 7e armée se battent avec acharnement contre l’adversaire.

Certains ont dit que l’on n’avait pas vu les aviateurs dans la bataille ; la citation collective donnée aux forces aériennes du colonel Chambe par le général Frère commandant la 7e armée prouve largement le contraire (le général Giraud a été remplacé car il est nommé à la tête de la 9e Armée puis fait prisonnier). Elle constitue un magnifique éloge pour le dévouement de nos équipages.  Ce témoignage demeure un grand honneur pour toute l’aviation, où il est célèbre.

 Soucieux de réhabiliter l’aviation alors qu’on l’avait accusée d’insuffisance et d’absence (un réel sous-équipement en effet), Chambe publie en 1945 le récit des exploits héroïques de ses propres Forces Aériennes : Equipages dans la fournaise, 1940.

Résistance et évasion par l’Espagne

Le douloureux armistice du 24 juin 1940 signé, le colonel Chambe est atteint par le brutal abaissement des limites d’âge imposé par l’ennemi aux officiers de l’aviation française, réduite à presque rien. Il est renvoyé chez lui avec les étoiles de général (septembre 1940).

Tristes étoiles, triste grade qui ne peuvent causer aucune joie à celui qui les reçoit.  Il aimerait mieux être simple soldat dans une armée victorieuse que général dans une armée battue, selon ses dire.

Chambe ne se résigne pas à la défaite. Il a la conviction, la certitude qu’elle n’est pas définitive. Avec d’innombrables Français qui se taisent, il pense qu’un armistice n’est, après tout, qu’un armistice et que, contrairement à celui de 1918, celui-là ne sera pas définitif. L’Angleterre continue de se battre et cela ouvre, pour l’avenir, toutes les perspectives, tous les espoirs.

Il est de cœur avec de Gaulle qui, de l’extérieur, clame sa foi dans les destinées de la France et sa volonté de travailler à sa victoire. Mais il estime que l’on peut travailler au même but en restant provisoirement sur le sol français, pour se préparer et préparer les autres à chasser l’oppresseur le jour où ce sera devenu possible. Il faut des Français en France et en dehors de France pour mener à bien ensemble cette difficile entreprise.

Chambe, après des hésitations à passer en Angleterre et à se joindre à de Gaulle, décide donc de rester, pour un certain temps en France.

Comment servir et préparer l’avenir ?

René Chambe est envoyé en Afrique du Nord fin novembre 1940 par le journal Paris-Soir. Il y réalise pour le quotidien une série d’articles et de reportages publiés en décembre et janvier 1941. Il profite de ce voyage pour se faire une idée précise de l’état d’esprit des troupes d’Afrique du Nord et de leurs chefs en vue d’un éventuel débarquement allié. Il retrouve par hasard son ami Antoine de Saint-Exupéry qui s’apprête à partir pour les Etats-Unis.

En février 1942, il rencontre son ancien camarade de la VIIe Armée le général Baurès à Lyon au Centre technique d’Informations. Ce dernier l’informe du projet d’évasion – qui est imminente – de leur ancien chef le général Giraud, prisonnier des Allemands depuis mai 1940 dans la forteresse de Koenigstein. Les généraux Baurès et de Linares, qui sont avec Madame Giraud aux manettes depuis le début de ce projet, confient à Chambe le soin d’organiser en France les logements et cachettes de Giraud qui s’évade enfin le 17 avril et arrive en France quelques jours plus tard. Chambe l’abrite et le cache sous le faux nom de Simignon chez sa fille et son gendre Jarrosson à Lyon, et en Dauphiné, au château de la Verne dit Maison Corron, une propriété de la belle-famille de son frère à La Verpillère (Isère), avant, obligé de fuir en pleine nuit, de rejoindre une autre résidence prévue en cas de problème : le château de Fromente, propriété des Roche de la Rigodière, des amis de Chambe.

Intégré à l’Etat-Major de Giraud surtout composé d’anciens chefs de la VIIe Armée, Chambe travaille à l’avenir et à la revanche qui se jouera en Afrique du Nord. Le contact est pris avec l’état-major américain. Weygand, que Chambe est allé rencontrer pour Giraud, se récuse. Ce dernier prend alors en mains la direction des opérations en Afrique du Nord, au jour du débarquement anglo-américain fixé au 8 novembre 1942.

Alors que le général Giraud s’embarque au Lavandou dans la nuit du 6 novembre à bord du sous-marin britannique HMS Seraph pour le conduire à Alger, le général Chambe a été chargé par le général Giraud de plusieurs missions à remplir en France après son départ, en particulier auprès du général Frère, futur chef de l’armée secrète.

Après bien des péripéties et plusieurs tentatives sans résultat de prendre des sous-marins anglais sur les côtes de Provence occupées par les Italiens, le général Chambe – alors que se déroule la conférence de Casablanca (ou conférence d’Anfa) – se décide à franchir les Pyrénées, malgré l’hiver et la neige.  Il réussit, entre fin janvier et début février 1943, à traverser les montagnes, puis toute l’Espagne, sans être découvert et arrêté par les carabineros. Embarqué clandestinement à Séville sur un cargo de commerce anglais, il parvient ainsi, à fond de cale, à Gibraltar.  Il se fait reconnaître par le général britannique Mac-Farlane, gouverneur de Gibraltar, avec qui il a été en rapport de service en 1940, sur le front de Belgique.

Celui-ci avertit aussitôt par radio le général Giraud à Alger et met un avion à la disposition du général Chambe, pour le conduire en Algérie dans les premiers jours de février.

Alger : au côté de Giraud dans le Comité Français de Libération Nationale

A sa demande de prendre immédiatement un commandement sur le front de Tunisie, où combattent nos troupes, le général Giraud répond par un refus, déclarant au général Chambe qu’il a constitué depuis peu un gouvernement provisoire et qu’il y a besoin de lui. Il le nomme ministre de l’Information.

Le général Chambe doit s’incliner. Durant quatre mois, il exercera ainsi les fonctions de ministre de l’Information dans le « Commandement en chef français civil et militaire« . C’est à ce titre qu’il aura à conduire avec le colonel américain Hazeltine la Guerre psychologique. C’est une idée à laquelle les Américains, à juste titre, tiennent énormément. Il s’agit de s’attaquer au moral de l’adversaire, armée et population civile, par la propagande radio, tracts, renvois de prisonniers avec messages, etc…

Le colonel Hazeltine est chef de la Psychological Warfair Section.  Il travaille en collaboration étroite et avec une complète identité de vues avec le général Chambe.  Le moral italien, surtout, est leur premier objectif.  Les effets de leur action se font indubitablement sentir au cours de la bataille de Tunisie et, lorsque au mois de septembre 1943, l’armée italienne se désagrégera et que l’Italie déposera les armes, le colonel Hazeltine et le général Chambe pourront se dire que leurs efforts inlassablement répétés n’y auront pas été complètement étrangers (textes de communications adressées par radio à l’armée et à la population italienne). Mais l’entente s’est faite entre le général Giraud et le général de Gaulle. Ce dernier quitte Londres et vient partager le pouvoir à Alger avec le général Giraud au sein du Comité Français de Libération Nationale créé le 3 juin 1943.

Le général Chambe cesse ses fonctions de ministre dans ce nouveau gouvernement bicéphale et devient chef du Cabinet Militaire du général Giraud.

Durant onze mois, il assistera jour par jour au long drame qui va se jouer à Alger, par suite de la mésentente qui va s’établir, puis s’aggraver entre le général de Gaulle et le général Giraud et surtout entre les deux fractions de Français, tous cependant passionnément attachés au relèvement et à la libération de leur Pays qu’on a appelé les « gaullistes » et les « giraudistes ».

Lorsque, le 17 avril 1944, le général Giraud accepte, sans réagir (par esprit de patriotique sacrifice, afin de ne pas amener une lutte impie entre partisans) de se retirer de la compétition et de s’éloigner, en retraite, à Mostaganem, tous ses proches collaborateurs se trouvent « à découvert » . Ils se dispersent en des postes divers.

C’est durant cette période, entre mai 1943 et juillet 1944, que Chambe passe encore un peu de temps avec Saint-Exupéry, souvenirs relatés dans deux revues Icare consacrées à Saint-Exupéry.

La campagne d’Italie avec le Corps Expéditionnaire Français du général Juin

Le général Chambe rejoint en Italie le général Juin, subordonné et ami toujours loyal du général Giraud, commandant un chef du corps expéditionnaire français d’Italie.  Là, affecté à son Cabinet, il aura tout loisir de pouvoir – comme il l’avait souhaité dix-huit mois auparavant, en arrivant à Alger –  revoir l’ennemi face à face.

Servant tantôt dans une unité, tantôt dans une autre, le général Chambe, enlevant les étoiles de ses manches, se battra maintes fois comme simple soldat, au milieu des tirailleurs qui ne le connaissaient pas. Ce sera sa grande satisfaction, sa grande récompense. Il prendra part ainsi à la plupart des combats de la campagne d’Italie et à l’entrée victorieuse à Rome (5 juin 1944).

Le général de Monsabert, commandant la 3e Division d’Infanterie Algérienne, tiendra à fixer dans un texte la conduite du général Chambe dans sa division.  Il la porte à la connaissance de ses troupes par un « ordre général » et nomme le général Chambe tirailleur de 1re classe au 3e Régiment de Tirailleurs Algériens.

Sa biographie du Maréchal Juin et ses livres l’Epopée française d’Italie et Le bataillon du Belvédère sont directement issus de cette période. Par ailleurs, Chambe a été l’instigateur de sa promotion au titre de Maréchal de France en 1952 et réciproquement, c’est Alphonse Juin qui vient remettre à Chambe sa plaque de Grand Officier de la Légion d’honneur en 1954. 

Du débarquement à Saint-Tropez jusqu’au Rhin avec de Lattre de Tassigny

La campagne d’Italie achevée, le général Chambe va participer à celle de France.

Le 15 août 1944, à bord d’un transport de troupes L.S.T. il prend part au débarquement de vive force sur les côtes de Provence, dans la baie de Saint-Tropez, avec un détachement de chasseurs. A ses côtés, se tient le commandant William Bullitt, ancien ambassadeur des États-Unis à Paris, en 1939 et 1940.  William Bullitt a voulu marquer son attachement à la France, en servant sous l’uniforme français, au milieu des troupes françaises, avec le grade de chef de bataillon français. Il fera ainsi une grande partie de la campagne de France et d’Allemagne avec le général Chambe, pour lequel il conservera la plus vive amitié.

Le général Chambe est affecté au Cabinet du général de Lattre de Tassigny, comme il le fut, en Italie, à celui du général Juin. Cela lui permet d’assister, ou de participer avec la 1re Armée « Rhin et Danube », à toutes les grandes opérations, jusqu’à la capitulation de l’Allemagne.

Les hostilités terminées, le général Chambe restera en occupation en Allemagne jusqu’à ce qu’une nouvelle fois atteint par la limite d’âge (les limites d’âge de la défaite de 1940 avaient été, bien entendu, révisées) il devra prendre sa retraite (2e Section du cadre de réserve) et regagner la France (avril 1946).

De la campagne d’Alsace et de la libération de Colmar, il écrira son livre Le 2e Corps attaque… Campagne d’Alsace 1944-1945.

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La vie, l’œuvre et les archives du général d’aviation et écrivain René Chambe (1889 – 1983).

https://generalrenechambe.com

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